Suicides chez les 5 -14 ans: un rapport alarmiste.
Un rapport officiel sur le suicide chez les 5-14 ans a été remis ce jeudi 29 septembre au Secrétariat d’Etat à la Jeunesse. Selon le psychiatre Boris Cyrulnik en charge du rapport, de nombreux suicides pourraient être évités si les enfants étaient mieux entourés.
Il avait été chargé d’une mission d’information sur le suicide des enfants en Janvier 2011 suite à la défenestration d’une fillette diabétique de neuf ans à Lyon. Il s’agissait alors d’établir les mécanismes qui peuvent pousser un enfant à passer à l’acte et par la suite d’apporter des pistes pour éviter ces drames.
Dans une interview réalisée par Alexandra Echkenazi pour leparisien.fr, le spécialiste parle d’un “phénomène sous-estimé et en augmentation.” Il y en aurait officiellement une quarantaine par an, mais c’est sans compté les “accidents non-accidentels, qui sont en fait des suicides”. En les comptabilisant, le chiffre grimperait jusqu’à une centaine par an.
Crédits photo: © MAXPPP
Il est très difficile de déterminer précisément l’origine du suicide chez l’enfant, surtout quand ils sont aussi jeunes. Elle peut être biologique, psychologique ou sociale. “Un seul facteur ne suffit pas à expliquer la passage à l’acte”, explique le psychiatre.
“D’un point de vue biologique, certains enfants sont de petits transporteurs de sérotine. Un bébé isolé sensoriellement dans le ventre de sa mère – parce-que celle-ci vit des choses difficiles – ou au début de sa vie stimulera moins ses neuronnes préfrontaux, ceux qui fabriquent de la sérotonine. Cela donne des enfants très émotifs qui peuvent faire de grands artistes, mais qui seront aussi plus sensibles aux aléas de la vie”.
D’après le psychiatre, ces aspects biologiques sont “tout à fait rattrapables” car si “on s’occupe du bébé et de la mère, les fonctions reprennent. Mais pour cela, il faut qu’ils soient suffisamment entourés. Or nous vivons dans une société où ce que j’appelle le “village social” a disparu. On vit de plus en plus seul et cette nouvelle solitude est un élément essentiel pour expliquer le suicide. Toutefois, ce n’est pas le seul. Je le répète, il n’y a pas qu’une seule cause au suicide des enfants. Parfois, tout est réuni et rien ne se passe. Et parfois, il suffit d’une pichenette – une remarque, une punition à l’école – pour que l’enfant passe à l’acte”
L’expert souligne que lors du passage à l’acte, “l’enfant ne pense pas qu’il va mourir” car “il n’a pas la notion adulte de la mort. Ce qu’il cherche, c’est l’immobilité, le temps que les choses s’arrangent”.
Le rapport évoque notamment l’importance d’une prévention qui “passe par des changements profonds au niveau de la naissance, de l’école, de la famille et de la culture” et note que “l’école peut être une machine à stigmatiser”. Le psychiatre se dit d’ailleurs opposé à la notation des tout-petits et à l’orientation précoce. Il rappelle en outre qu’une expérience visant à connaître mieux les causes du suicide avait été faite dans le nord du Japon. “Une partie des municipalités a décidé de consacrer davantage d’heures au sport et aux loisirs, l’autre a refusé. Bilan dix ans plus tard: les premières ont fortement diminué leur taux de suicide”.
La société actuelle est tout aussi pointée du doigt. Nous baignons de plus en plus dans une société tout confort, certes, mais “quand un petit enfant est gardé par un frigidaire et la télévision, il est seul. Or, ce qui donne confiance à un enfant, ce qui le sécurise, c’est la relation humaine”.
http://www.dailymotion.com/video/xldkx8
La secrétaire d’Etat à la Jeunesse et à la Vie associative Jeannette Bougrab a félicité Boris Cyrulnis de s’être penché sur cette question encore largement considérée comme tabou. Elle qualifie le document comme “inédit, qui aborde ce qu’on refuse de voir”.
Le pédopsychiatre Marcel Rufo met cependant en garde contre “la confusion des sujets”, dénonce une “culpabilisation terrible de l’accident” et souligne que “le comportement à risque fait partie du comportement normal de l’enfant.”
Le suicide d’un enfant laisse inévitablement de profondes cicatrices et les parents se retrouvent trop souvent face à un cruel manque d’accompagnement. Ces derniers s’embourbent alors dans un cercle vicieux de questions sans réponses, ce qui les empêche de faire convenablement leur deuil.
http://www.dailymotion.com/video/xldl12
Les réactions des internautes face au fléau et aux constats dramatiques du rapport ne se sont pas fait attendre.
Un internaute s’effraie et s’insurge contre la société en se demandant “dans quel monde nous vivons”, et relève que “pour s’en sortir maintenant, il faut deux salaires, pour ne pas dire trois, au lieu d’avoir une maman à la maison pour les choyer comme dans le temps… On court tout le temps partout, notre temps est divisé et nos enfants subissent les conséquences.”
D’autres mettent un bémol quant à certains passages du rapport en rappelant que “l’important, c’est la qualité des relations, pas la quantité” et propose que les instituteurs s’investissent davantage dans le bien-être de leurs élèves et donne pour exemple une éducatrice “qui a eu l’excellente idée de demander aux jeunes une “note de bien-être” chaque matin, ce qui a complètement modifié leur attitude”. Ainsi les enfants se sentiraient davantage accompagnés, compris et entourés.
Un autre internaute accuse le psychiatre “de trouver des prétextes pour augmenter la perfusion mondialiste en matière éducative (encadrement renforcé de la petite enfance contre le salaire parental, pseudo sciences éducatives contrôlées par le rapport PISA, ect.), et de prôner “les méthodes de l’OCDE, alors que ses meilleurs élèves, la Corée et la Finlande, comptent une augmentation du taux de suicide record”.
Read more
