Denis Robert, « le chaos ou un sursaut citoyen »
L’investigateur, qui a remporté en février 2011 sa toute dernière bataille devant la Cour de Cassation dans le cadre de l’affaire Clearstream, estime qu’il est du rôle des citoyens de faire face au réel enjeu de pouvoir que sont devenues les grandes puissances financières.
Le journaliste se présente comme “un réformiste” qui “pense réellement qu’on peut améliorer les choses par un sursaut citoyen”. Face à l’arrogance de plus en plus insupportable des hommes politiques, il appelle les gens à “être patients”. “On n’est pas encore dans un climat insurrectionnel, mais j’ai le sentiment qu’on nous prend pour des débiles, s’insurge-t-il. Nous sommes en permanence dans une manipulation médiatique et mentale, mais il faut savoir être patients”.
Selon lui, les citoyens, tout comme les journalistes, ont un rôle naturel de contre-pouvoir. Il constate d’ailleurs que “les gens s’intéressent de plus en plus à la société dans laquelle ils vivent et à la manière dont elle fonctionne”, tout en regrettant que les hommes politiques ne sont pas encore capables de voir qu’on “ne peut plus prendre les gens pour des idiots”.
Si les citoyens “lambdas” rejoignent les journalistes dans leur rôle de contre-pouvoir, Denis Robert remarque a contrario que le vrai pouvoir est passé des mains du politique à celles des grandes puissances financières. “Quand j’étais journaliste à Libération, raconte-t-il, j’ai constaté que nos démocraties étaient coincées face aux paradis fiscaux. Les paradis fiscaux sont des leurres et on ne peux pas se battre contre des leurres. J’ai compris que mes papiers ne servaient à rien, que ça ne ferait rien bouger”.
Il décide alors de s’intéresser de plus près aux transactions financières et à la traçabilité des échanges financiers. “Clearstream est un poste d’observation formidable sur le système financier planétaire, explique le journaliste, c’est pour cette raison qu’elle peut se permettre de communiquer au nom de n’importe quelle banque: elle sait tout sur l’état de santé de chacune d’entre elles”.
Denis Robert estime que la faillite de l’Argentine en 2001 est certainement la démonstration la plus éloquente de la force de frappe de Clearstream. “Sans les informations propagées par Clearstream sur l’état des banques argentines, la pays n’aurait sans doute jamais fait faillite”. Son constat est sans appel: les communications de Clearstream sont à l’origine de la chute vertigineuse de l’Argentine à laquelle a assisté, impuissant, le pouvoir politique.
Les hommes politiques seraient ils donc complètement hors-jeu? D’après le journaliste, “ils n’ont pas encore franchi le pas dans la lutte contre les paradis fiscaux et les crimes financiers en général”, et d’ajouter avec sarcasme que “beaucoup ne savent même pas ce que sont les chambres de compensation telles que Clearstream”.
Si Denis Robert reste réaliste et reconnaît que “le pouvoir financier dépasse largement celui des hommes”, il continue de marteler que “l’on a trop longtemps laissé les banquiers se contrôler eux-mêmes“ et qu’il est de la responsabilité de tous de veiller à ce que des comptes soient rendus. “Les sociétés d’audit qui contrôlent les boîtes sont payées par ces dernières, s’est-il-indigné. Les contrôleurs sont payés par les contrôlés, il est temps que ça cesse”.
Florence Delpit
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